Il y a deux ans, la réalisatrice Julie Bertuccelli délivrait ses Dernières Nouvelles du cosmos, un film explosif autour d’une météorite du langage, Hélène Nicolas alias Babouillec (née en 1985), jeune femme autiste devenue soudain poète et romancière, sans avoir jamais su ni lire ni écrire, ni même parler. Parut alors Algorithme éponyme (désormais disponible en poche, aux éditions Rivages), joyau d’art brut jailli de l’esprit de cette digne descendante d’Antonin Artaud.

Et voilà qu’aujourd’hui Babouillec barbouille à nouveau la face du monde avec un roman étonnant, véritable acte de naissance d’une écrivaine puisque Rouge de soi est la première expérience de composition littéraire qu’elle ait faite, à partir de lettres de papier accolées au fil de son instinct. Contrairement à ses poèmes, cris abrupts proférés à la première personne, ce roman frappe par son processus d’identification. Alors que les autistes sont souvent décrits comme incapables de se mettre à la place de l’autre, Babouillec envoie blackbouler cette idée, en créant un pers...